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Avec Beyond, Quantic Dream nous offre une oeuvre de caractère, un peu moins impliquante qu'Heavy Rain mais plus riche et variée.

Près de 3 ans après la sortie du polémiqueHeavy RainQuantic Dream revient avec un Beyond : Two Souls qui n'a pas hésité à faire très tôt le buzz grâce à ses deux têtes d'affiche (Ellen Page et Willem Defoe), sa conception “made in France” et sa promesse de nous offrir une expérience quasi cinématographique encore jamais vécue. Mais derrière tout ça, que vaut vraiment l'oeuvre de David Cage ? Fait-elle fi des très nombreux QTE qui ont tant rebuté certains joueurs ? A-t-elle vraiment les moyens de nous de nous impliquer émotionnellement malgré une trame narrative empreinte de surnaturel ? La réponse, tout de suite, dans notre test. Comme énoncé brièvement en introduction, David Cage marque d'emblée une différence avec son précédent Heavy Rain (plutôt réaliste malgré quelques gadgets un peu science-fiction) en nous proposant une histoire riche en éléments surnaturels tout en faisant malgré tout, elle aussi, la part belle à des moments de vie crédibles.On y contrôle principalement Jodie Holmes (Ellen Page) sur pas moins de 15 années, en partant de la petite enfance. On la voit grandir, faire ses propres expériences de la vie, renforcer son caractère - au final bien trempé - et lutter aussi bien pour avoir des réponses à son existence que pour sa survie.

Cette héroïne de charme est accompagnée par Aiden, une entité mystérieuse et fantomatique intimement liée à Jodie mais dotée d'une volonté propre, qui possède différents pouvoirs : léviter, traverser les murs, interagir avec des objets (déplacement, activation ou destruction), créer un champ de protection, prendre possession de certaines personnes ou encore partager des flashbacks à Jodie. Des talents mis au service de Jodie, qui attisent malheureusement pour elle autant la convoitise que la peur auprès de ceux qui croisent son chemin dans ce périple raconté de manière assez originale. En effet, le scénario est chronologiquement éclaté (mais on a un rappel temporel lors des temps de chargement entre chaque chapitre), ce qui donne du rythme à l'ensemble ainsi qu'un certain cachet et permet d'éviter la lassitude en dépit des actions très basiques que l'on devra réaliser tout le long de l'aventure.

Jodie passe à l'action

Car oui, Cage et son équipe sont restés attachés à leur conviction et nous proposent un titre très narratif doté de très nombreux dialogues et cinématiques, sans oublier les bandes noires “cinéma” permanente. Ce dernier est une nouvelle fois fortement imprégné d'actions contextuelles (QTE) en tout genre : simple choix de direction au stick, pression d'une ou plusieurs touches requises (devant parfois être maintenues ou utiliser alternativement assez vite), quelques mouvements utilisant le SixAxis… Des actions simplistes et très redondantes - pour un peu tout et n'importe quoi - comme c'est aussi le cas pour Heavy Rain ou même pour les The Walking Dead de Telltale. Cela n'en fait pas de mauvaises œuvres pour autant, mais cela rebutera assurément un certain nombre de joueurs. D'autant qu'il faudra accepter le contrôle un peu lourd/rigide du héros (occasionnant quelques petits ratés dans les endroits clos ou exigus) et l'absence de difficulté réelle. Faisons au passage un petit aparté, en précisant qu'un mode “Facile” est même proposé par Quantic Dream, histoire de limiter la frustration des joueurs plus occasionnels. Toujours dans cette optique d'intéresser un large public, le studio propose en parallèle une application iOS gratuite nécessitant d'être sur le même réseau Wi-Fi que la PS3 et permettant de faire tout le jeu en “Facile” avec des contrôles simplifiés. En bon soldat, nous l'avons essayé et devons avouer qu'elle s'avère tout à fait fonctionnelle autant que réactive, même si l'on préfère la manette pour avoir davantage de sensations, de “challenge” lors des moments chauds et de liberté...

« Liberté », le mot est lâché. Et évidemment, il a une résonance particulière dans un jeu de David Cagetant ce dernier nous bride au niveau de l'exploration des zones visitées (globalement très balisée / cloisonnée) ainsi que sur les interactions possibles avec les éléments environnants. Souvent très dirigiste voire autoritaire, Beyond nous prive parfois de droits qu'il semblait pourtant pouvoir nous offrir, à l'image des nombreux PNJ ou objets aux alentours qui demeurent inaccessibles (ou interactifs seulement une fois sans que l'on ne comprenne pourquoi) bien que modélisés et potentiellement utiles. Les exemples ne manquent pas et s'avèrent par moment assez cocasses voire incohérents. De plus, Cage insulte parfois notre intelligence en nous passant automatiquement des commandes de Jodie à celles d'Aiden alors qu'une simple pression sur Triangle suffit et que l'héroïne demande expressément l'aide de son allié.

Comme dans Heavy Rain, le parti-pris est de nous garder un maximum sous contrôle afin de nous offrir une épopée au plus proche des désirs du développeur... un peu comme un livre dont on est le héros ; le joueur étant une sorte d'acteur amnésique qui découvre le script au fur et à mesure tout en ayant quelques libertés sur l'interprétation. Une optique risquée qui pourra naturellement susciter des frustrations et potentiellement une révolte de certains joueurs… Fuir ou se soumettre, le choix incombera à chacun en fonction de ses goûts (sachant qu'une démo est dispo sur le PSN en cas de doute) ; pour notre part, nous avons choisi d'y adhérer. Et ce, pour plusieurs raisons... Tout d'abord, parce que Quantic a tout de même pris note des critiques faites à Heavy Rain et a fait des efforts pour rendre sa recette plus digeste / riche. On constate en outre une bonne variété des phases jouables : exploration, combat à mains nues ou avec une arme à feu, infiltration, pilotage de moto sans oublier quelques mini-activités totalement annexes. De plus, le développeur a opté pour une nouvelle représentation des scènes d'action où il faut désormais observer le dernier mouvement (au ralenti) du héros pour déduire dans quelle direction incliner le stick afin de poursuivre l'action. Même si l'on n'est toujours pas loin des anciens QTE dans l'idée (il suffisait d'appuyer sur la touche visible à l'écran), l'optique est judicieuse et a le mérite d'apporter un peu plus de tension/challenge en demandant plus d'implication de la part du joueur. Précisons d'ailleurs qu'une erreur sur la direction de stick ou sur la touche demandée peut avoir une incidence négative, à défaut d'un Game Over complètement banni, pas forcément bien méchante mais perceptible sur le déroulement de la séquence (personnage qui trébuche ou se blesse, script lancé un peu plus tôt…). De même, on apprécie que Beyond nous offre parfois des environnements nettement plus vastes que la moyenne qui font vraiment du bien (celui de Navajo notamment).

Ensuite, n'oublions surtout pas le côté très appréciable des passages où l'on joue Aiden, qui donnent de l'air à l'aventure et nous offrent - outre des pouvoirs cool - un peu de liberté supplémentaire puisque ce dernier se déplace (dans les airs) de manière plus rapide / débridée que Jodie. De plus, il nous apporte un regard quasi omniscient sur les scènes (pour voir toutes les réactions des personnages présents ou faire une visite approfondie des lieux par exemple) malgré une maniabilité perfectible qui demande un temps d'adaptation. Il nous permet aussi souvent d'aller un peu plus loin - les murs nous signalant généralement assez vite les limites de notre balade - que les éléments proches de Jodie, en nous montrant parfois l'envers du décor... où se dissimulent de temps à autre de petits bonus récompensant notre flair (illustrations et vidéos). Aiden permet enfin, tout simplement, de se défouler un peu en interagissant avec certains éléments de décor par simple plaisir de "mettre le bazar" ou d'assouvir nos bas instincts de voyeur.

Ensuite, on attendait Beyond sur le terrain de l'immersion et de l'émotion, et force est de reconnaître que contrat est globalement rempli. Cela, malgré les quelques frustrations précédemment citées, quelques situations résolues de manière un peu saugrenue ou trop expéditive à notre goût et le fait que le titre nous paraisse un peu moins impliquant que Heavy Rain ou The Walking Dead (l'aspect survie et les choix moraux, plus discrets, ayant moins remué nos tripes). Car oui, Beyond est une oeuvre empreinte de sensibilité qui arrive à nous captiver du début à la fin en nous faisant ressentir un bon lot de sensations : colère, peur, soulagement, tristesse, stress, joie, etc.

Cela passe notamment par une réalisation raffinée qui nous immerge avec soin et parvient même régulièrement à nous ravir malgré l'âge avancé de la PS3 ainsi que les quelques tares comme le crénelage, les baisses régulières de framerate et certaines textures parfois simplistes. En effet, les principaux protagonistes (notamment Jodie et Aiden que l'on suit sur 15 ans, mais pas que) se révèlent dans l'ensemble attachants / charismatiques, très bien modélisés ainsi qu'animés et bénéficient d'une somme de détails sur leur visage particulièrement appréciable. Quantic Dream a également fait un boulot exemplaire sur le choix des plans, des couleurs et effets lumineux pour conférer des ambiances bien différentes aux lieux visités, eux-mêmes assez nombreux (dépaysement assuré !). Les dialogues sont quant à eux bien écrits, crédibles et cohérents ; sublimés par un doublage anglais de grande qualité qui devance des voix françaises au demeurant tout à fait valables mais pas synchronisées avec les mouvements des lèvres des personnages. Niveau musiques, l'ensemble est agréable et conforme à l'ambition cinématographique de Cage mais demeure un peu moins poignant que sur Heavy Rain, à l'exception d'un thème particulièrement joli.

Pour nous émouvoir et tenter de nous faire sortir une "larmichette", le titre lorgne évidemment du côté du pathos mais ne s'en contente pas ; il aborde des thématiques sociales ou politiques assez variées et matures comme l'intégration, la guerre, l'isolement, la parenté en condition "exceptionnelle", l'ingérence des grandes puissances "bien pensantes" dans les affaires politiques de plus petits pays, l'exploitation d'enfants, etc. Et ce, même si le titre lorgne aussi du côté de la science-fiction. David Cagea ainsi réussi un grand écart "réalisme / fiction" assez surprenant, qui implique le joueur tout en le dépaysant et confère une vraie personnalité à son Beyond. On apprécie également une certaine générosité au niveau de son contenu. Ainsi, si le titre affiche déjà une durée de vie honnête d'une douzaine d'heures environ durant le premier passage, il nous invitera fortement à y revenir pour découvrir des pendants de l'histoire qui nous ont échappés. Outre les bonus cachés déjà énoncés, l'aventure recèle d'un bon nombre de variantes scénaristiques, plus ou moins importantes. Certes, la plupart des embranchements ne changent pas drastiquement l'ensemble puisque tous se recoupent globalement à un moment, sauf vers la toute fin du jeu - certains regretteront d'ailleurs que seuls les deux derniers chapitres influent vraiment sur les différentes fins possibles -. Mais force est de constater que ces derniers demeurent bien plus fréquents qu'on ne pourrait l'imaginer sur le premier run et assez intéressants à dénicher. On peut par exemple à certains moments choisir d'user de ses pouvoirs ou non, flirter ou non, se venger ou non, sortir d'un endroit plutôt qu'un autre, se faire coffrer par la police suite à un QTE raté puis s'échapper ou éviter efficacement les policiers pour fuir d'une traite sans heurt, gagner de l'argent de 6 manières distinctes... Ces choix ayant des conséquences, cela offre une profondeur appréciable à l'oeuvre, encourage l'expérimentation (voire l'échange avec les autres joueurs) et offre même parfois des éclaircissements bienvenus sur l'histoire. D'autant que l'on pourra rejouer les chapitres chronologiquement après les avoir terminés (un petit plus) et qu'il est possible d'écraser ou non ses précédents actes avant le lancement de ces derniers. Enfin, terminons en énonçant que Beyond supporte jusqu'à deux joueurs disposant chacun d'une manette, d'un périphérique tactile, ou d'un de chaque. L'épopée reste similaire, Jodie et Aiden étant contrôlés en alternance. Au final, Beyond : Two Souls est une œuvre de caractère qui ne plaira pas à tout le monde du fait de son gameplay particulier ; et ce, malgré des efforts visant à toucher un plus large public que Heavy Rain. De même, s'il nous a semblé un peu moins impactant émotionnellement que son aîné, le nouveau bébé de David Cage dispose malgré tout d'un bon nombre de grandes qualités pour mériter sa place dans le paysage vidéoludique. Il nous offre davantage de variété, un gameplay plus équilibré et d'excellentes sensations véhiculées par une trame scénaristique travaillée, une patte artistique très appréciable et un jeu d'acteurs virtuels vraiment crédible. Un voyage prenant, plaisant et dépaysant qui mérite donc l'intérêt du moment que l'on accroche à son univers atypique.

- Par Jeuvideo.fr